Pourra-t-on encore partir en vacances l’été ?

Les canicules, feux et sécheresses compliqueront les départs pendant les vacances d’été. Comment garantir le droit aux vacances sans un monde sous contrainte climatique ?

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La période estivale sera de plus en plus marquée par les aléas climatiques. Partir à la mer, parcourir les parcs naturels, profiter des lacs et des cours d’eau, traverser la France en train ou en voiture, camper… autant d’activités qui pourraient devenir plus difficiles, voire temporairement impossibles, entre juin et septembre. Les vacances d’été que nous connaissons pourraient ainsi ne plus jamais être tout à fait les mêmes.

Pour garantir à chacun un temps de pause annuel, il ne suffira pas de demander à chacun de s’adapter individuellement. Il faudra réfléchir collectivement à l’évolution de notre calendrier, et notamment à la place que nous continuerons à donner aux vacances d’été. Répartir davantage les départs, adapter les infrastructures touristiques et maintenir des conditions de vie acceptables pour ceux qui resteront chez eux pourraient devenir des enjeux majeurs. La planification des vacances et du tourisme à l’échelle nationale pourrait ainsi redevenir un sujet de politique publique.

Sommaire :

Feux, canicules et manque d’eau : l’été compliquera les départs en vacances

La période des fortes chaleurs estivales, qui sera de plus en plus longue, risque d’être marquée par de nombreuses perturbations susceptibles d’empêcher des vacances sereines.

En premier lieu, le changement climatique pourrait complexifier les capacités d’accueil de certains territoires. Certains territoires très touristiques pourraient connaître un manque d’eau chronique, par exemple sur les côtes atlantiques et méditerranéennes. Les lacs et les cours d’eau pourraient atteindre des niveaux très bas, entraînant une dégradation de la qualité de l’eau et empêchant certains loisirs qui y étaient pratiqués, comme la baignade ou les sports nautiques. Les forêts pourraient être de plus en plus menacées par les incendies, ce qui pourrait conduire à des interdictions préventives d’accès aux massifs. Les fortes chaleurs pourraient enfin rendre difficiles les sorties en pleine journée, compliquant de nombreuses activités en extérieur.

En second lieu, les déplacements touristiques à l’échelle nationale pourraient être perturbés par les difficultés rencontrées par les systèmes de transport. Les réseaux ferroviaires pourraient connaître des blocages ou des ralentissements sous l’effet des fortes chaleurs, reportant certains usagers vers la route et accentuant les risques de bouchons, eux-mêmes plus dangereux lors des canicules. Des feux de forêt, même ponctuels, pourraient également conduire au blocage de certains axes majeurs. Le faible niveau des cours d’eau et des canaux pourrait, quant à lui, empêcher le recours au transport fluvial pendant cette période. Les grands départs en vacances pourraient ainsi devenir de plus en plus compliqués en été.

Mais s’agira-t-il pour autant de la fin des grandes vacances telles que nous les avons connues ? En juillet et en août, assurément. Mais cela ne dit encore rien de ce qui pourra être fait le reste de l’année.

Nous pourrions déplacer les vacances vers d’autres périodes

Nous pourrions ainsi faire le choix de déplacer les grandes vacances vers le printemps et l’automne pour une partie de la population. Les espaces mentionnés ci-dessus comme inhospitaliers aujourd’hui – côtes atlantiques et méditerranéennes, forêts, bords de lacs et de rivières, centres urbains – pourraient alors rester des terres d’accueil touristiques. Cela permettrait de mieux répartir l’activité touristique sur l’année. Les emplois et les commerces saisonniers pourraient ainsi étendre leur activité sur une plus longue période, réduisant la dépendance à la fréquentation estivale.

Déplacer les vacances vers l’automne et le printemps suppose toutefois de pouvoir offrir des conditions de vie adaptées chez soi pendant la période estivale. Si une partie de la population travaillait en juillet et en août plutôt que de partir en vacances à cette période, les employeurs devraient garantir des conditions de travail convenables malgré les fortes chaleurs. Cela impliquerait également que les collectivités rafraîchissent l’espace public et les bâtiments publics afin que le quotidien puisse continuer dans de bonnes conditions. Si le calendrier scolaire évoluait lui aussi pour déplacer une partie des grandes vacances vers le printemps et l’automne, la puissance publique devrait garantir des écoles suffisamment rafraîchies pour accueillir les élèves pendant les périodes de fortes chaleurs. Cela permettrait d’offrir à tous les élèves les mêmes conditions de protection en journée pendant les fortes chaleurs.

Une telle évolution poserait évidemment de nombreuses questions organisationnelles : comment faire évoluer les calendriers scolaires ? Pourra-t-on toujours avoir une période de grandes vacances synchronisée pour tous ? Faudrait-il déplacer la rentrée scolaire ou les examens ?

Partir en été restera possible, mais sous conditions

Une partie de la population pourrait continuer de partir en vacances l’été. Ce pourrait notamment être le cas des personnes dont les conditions de travail sont particulièrement pénibles pendant les canicules. Les personnes exerçant d’autres professions pourront également continuer à prendre leurs vacances en été, mais dans une moindre mesure par rapport à la situation actuelle. Cela permettra de réduire la concentration des touristes en été ainsi que de réduire la surfréquentation de certains lieux. Si la population est moins importante dans les zones touristiques, les tensions sur les ressources en eau pourraient y être moins importantes.

Les vacanciers qui continueront de partir pendant les mois d’été verront en revanche leur programme de vacances évoluer. Certains massifs forestiers seront inaccessibles, de même que certains cours d’eau et étendues d’eau. Certaines activités seront déconseillées en milieu d’après-midi, et pourront être déplacées vers le matin et la fin de soirée. Les touristes devront aussi être sensibilisés aux risques associés à la période estivale : coups de chaud, tensions sur la ressource en eau, risques de départ de feu.

Tout cela permettra de minimiser les situations de crise et les mises en danger, mais ne permettra pas d’éviter l’occurrence d’événements catastrophiques. Les moyens de protection civile devront ainsi être renforcés pour répondre aux feux et aux ruptures d’approvisionnement en eau. Il faudra également renforcer la gouvernance de l’eau, pour statuer sur les usages légitimes de l’eau avant que les ruptures ne surviennent.

Pour ceux qui partiront l’été, il faudra accepter une plus grande conditionnalité des départs. Les annulations de trains pourraient devenir fréquentes et des aléas imprévus – feux, manque d’eau – pourraient conduire à des annulations de dernière minute. Il faudra alors mettre en place des systèmes assurantiels permettant de rembourser les vacanciers ou de leur permettre de changer leurs plans de vacances en fonction des aléas climatiques.

Vers une nouvelle politique des vacances

Pour organiser ses évolutions et garantir à tous la possibilité de partir, la puissance publique peut jouer un rôle central. C’est en effet l’occasion de mettre les vacances au cœur du débat politique, en pensant une véritable politique publique des vacances.

La puissance publique doit tout d’abord contribuer à adapter les logements, l’espace public, les bâtiments publics ainsi que tous les lieux privés, afin de rendre les habitations et les villes plus fréquentables en été. La puissance publique peut aussi jouer un rôle dans l’adaptation du secteur touristique. Les logements temporaires – hôtels, gîtes, auberges, meublés touristiques, campings – devront être adaptés pour continuer d’accueillir en été. Ils pourront aussi être rénovés pour accueillir pendant des saisons plus fraîches, par exemple en automne et au printemps.

Une meilleure répartition du tourisme sur l’année pourrait, dans l’idéal, contribuer à faire baisser les prix des logements touristiques, en faisant moins reposer leur rentabilité sur une période réduite à deux mois. L’État pourrait ainsi encadrer les tarifs journaliers, afin de favoriser un accès aux vacances pour tous.

Une manière d’organiser l’accès aux vacances tout au long de l’année pourrait être de construire ou de rénover des centres de vacances publics répartis sur l’ensemble du territoire. Pensés pour fonctionner toute l’année, ces lieux pourraient être adaptés aussi bien aux fortes chaleurs qu’aux périodes plus fraîches et humides. Ils permettraient ainsi à des enfants et à des familles de partir en vacances à moindre coût, dans différentes régions de France, y compris en dehors de la période estivale.

La puissance publique disposerait d’un levier concret pour faire de l’accès aux vacances un véritable droit, plutôt qu’un privilège dépendant des ressources de chacun. On pourra s’inspirer pour cela du modèle des Villages Vacances Famille.

À partir des années 1950, les pouvoirs publics et les organismes sociaux ont contribué au développement du tourisme social, notamment à travers les Villages Vacances Familles (VVF). L’objectif était alors de permettre aux familles, notamment les plus modestes, d’accéder aux vacances en s’appuyant sur un réseau d’équipements collectifs : des villages proposant hébergement, restauration et activités, parfois construits sur des terrains appartenant aux collectivités et exploités par des associations. À leur apogée, les VVF ont ainsi constitué un véritable maillage territorial d’équipements dédiés aux vacances. On pourrait imaginer aujourd’hui de renouer avec cette logique, mais en l’adaptant à la contrainte climatique.

Conclusion : les vacances d’été existeront-elles toujours ?

Les vacances d’été ne devraient probablement pas disparaître du jour au lendemain. Une partie de la population continuera à partir en juillet et en août, et certains territoires pourront toujours accueillir des vacanciers pendant les périodes chaudes. Mais l’été pourrait progressivement devenir une période de vacances plus incertaine, plus contrainte et plus inégalitaire.

Partir en vacances à cette période dépendra des conditions météorologiques, de l’état des ressources en eau, des risques d’incendie et de la capacité des infrastructures à fonctionner malgré la chaleur. Certaines activités – balades, baignades, sport – disparaîtront temporairement, certains lieux deviendront inaccessibles et les déplacements pourront être perturbés.

La principale évolution pourrait alors être celle du calendrier. Les grandes vacances pourraient progressivement s’étendre davantage au printemps et à l’automne, tandis que l’été deviendrait une période où l’on cherchera avant tout à maintenir des conditions de vie acceptables dans nos lieux d’habitation. Cela suppose de transformer les écoles, les logements, les lieux de travail et les espaces publics pour qu’ils puissent rester habitables pendant les périodes les plus chaudes.

Cette évolution pose surtout une question collective : qui pourra encore partir en vacances, quand et dans quelles conditions ? Si la fraîcheur ou certains territoires deviennent plus difficiles d’accès, les vacances risquent de devenir un nouveau marqueur des inégalités. À l’inverse, une politique publique des vacances pourrait permettre d’accompagner cette transformation : en pensant des infrastructures touristiques adaptées aux nouvelles contraintes climatiques et accessibles à tous.

Illustration de l’article : © Erwan Gardies 2025