Que fera-t-on de nos après-midi pendant les canicules ?

Nos après-midi pourraient être accablés par des pics de chaleur une partie de l’année, mettant à mal nos activités habituelles. Serons-nous prêts à renoncer aux après-midi d’été que nous avons connus ?

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À l’avenir, la période de mai à septembre pourrait être régulièrement marquée par des épisodes de chaleur extrême. En particulier, le milieu de journée, notamment entre 12h et 18h pourrait être écrasé par un pic de chaleur. Cela aura des conséquences sur ce que l’on peut faire en extérieur, et même en intérieur. Se balader, se baigner, travailler, faire du sport, assister à des événements… autant d’activité qui pourraient devenir compliquées voire dangereuses à pratiquer en été.

Face à l’évolution des températures et à la dégradation du confort de vie, il ne sera pas possible d’effacer les impacts du changement climatique sur notre cadre de vie. Tout au plus pourrons-nous minimiser le ressenti des chaleurs. Il faudra prendre des décisions d’investissement collectif afin d’adapter au maximum nos environnements de vie à la chaleur. Il faudra également accepter de faire évoluer le contenu de nos journées, et même renoncer à ce que nous pouvions avoir l’habitude de faire.

Le cœur de l’après-midi deviendrait une période de repos

La chaleur et le rayonnement dans le cœur de l’après-midi pourraient mettre en danger les personnes qui travaillent en extérieur. En effet, les fortes chaleurs altèrent la concentration et l’humeur et augmentent les risques d’accident du travail. La nouvelle norme pourrait être de se mettre en sécurité à ce moment et de ralentir voire d’arrêter complètement le travail en extérieur. Il sera en effet difficile d’adapter les conditions de travail pour les ouvriers du bâtiment, maraîchers, agriculteurs, jardiniers ou éleveurs.

De plus, face à des nuits perturbées par les chaleurs, l’après-midi pourrait être l’occasion de prendre du repos. Les employeurs et les collectivités pourraient avoir pour responsabilité de mettre à disposition des salles rafraîchies équipées et propices pour se reposer ou dormir. Ces espaces de répit seront d’autant plus important dans les emplois où le lieu de travail ne peut pas être totalement rafraîchis lui même.

Ces heures de pause en pleine après-midi ne pourront pas toujours être rattrapées en fin de journée, sauf à rogner sur le temps personnel des travailleurs en travaillant le soir et le matin. Il faudra être parcimonieux dans le décalage du travail vers ces horaires. La période estivale sera donc potentiellement une période de moindre travail. Il sera important de protéger les travailleurs pour que la réduction de travail ne se traduise pas par une perte nette de salaire. Une telle évolution devra aussi être mise en œuvre sous la supervision attentive de l’inspection du travail, afin que la santé des travailleurs prime en toute situation.

Les employeurs et acteurs publics seront responsables de la mise en sûreté

Pour les travailleurs en intérieur, le rafraîchissement du cadre de travail pourrait devenir une responsabilité de l’employeur. L’ensemble des solutions à déployer est connu : protections solaires, isolation thermique, brasseurs d’air, végétalisation des abords et climatisation en dernier recours. Plutôt que de renvoyer le travailleur chez lui (quand le télétravail est possible), le rendant tributaire du confort thermique dans son logement, l’employeur se devra de donner des conditions de travail convenable à chacun de ses employés.

De la même manière, les établissements scolaires devront transformer les établissements pour que les élèves puissent étudier dans les meilleures conditions. En effet, les canicules toucheront de manière croissante des périodes où les élèves étudient toujours, par exemple en mai, juin ou septembre. La solution ne pourra pas être de renvoyer les élèves chez eux, étant donné que les périodes concernées pourraient durer trois voire quatre mois. D’autant que garder les élèves dans le giron des établissements scolaires pendant les canicules reste la meilleure manière de garantir les mêmes conditions d’enseignement à tous.

L’espace public sera peu fréquentable mais il est possible de minimiser le ressenti de la chaleur

De la même manière que le rafraîchissement des bâtiments, le rafraîchissement de l’espace public est une science plutôt bien maitrisée, et les solutions ne nous sont pas étrangères. Végétalisation de l’espace public et mise en place de systèmes d’ombrages seront au cœur des stratégie des collectivités. Ce rafraîchissement de l’espace public permettra de rendre plus confortables les déplacements, à pied ou vélo par exemple. En complément du rafraîchissement des espaces extérieurs, les transports en commun, bus, tram et métro seront équipés en climatisation pour faire face aux chaleurs et transporter les personnes d’un espace rafraîchi à un autre.

La plupart de nos après-midi seront donc passées dans des bâtiments bénéficiant de moyens de rafraîchissement. Au-delà des temps de travail et d’étude, il sera important de pouvoir bénéficier d’espaces rafraîchis pour les temps de repos, de loisir, de sociabilité…

La ville pourrait avoir la responsabilité de mettre à disposition un maillage de lieux publics rafraîchis, de véritables « espaces refuges » adaptés aux différents besoins des habitants. Qu’une personne souhaite lire tranquillement, dormir, travailler, retrouver des amis ou des proches… chacun devra avoir la possibilité de trouver une solution près de chez soi.

Les lieux publics comme les bibliothèques et les parcs publics joueront un rôle de premier plan, mais ils ne pourront convenir à tous les usages. Les collectivités pourraient avoir besoin d’équiper et de mettre à disposition de nouveaux bâtiments et lieux pour répondre à la demande.

Évidemment, les lieux privés lucratifs peuvent devenir des espaces de rafraîchissement importants, comme par exemple les cinémas, les cafés ou les centres commerciaux. Mais il ne faut pas qu’ils soient incontournables, dans le sens où ils seraient les seuls lieux rafraîchis accessibles à une personne donnée. En effet, ces lieux étant souvent associés d’une obligation à consommer, c’est-à-dire à dépenser de l’argent, ils peuvent être inaccessibles à une partie des habitants. L’accès à la fraîcheur ne devrait pas être une denrée payante mais bien un droit collectif.

On ne pourra pas tout maintenir

Globalement, toutes les mesures déployées permettront de gagner quelques degrés de ressenti, et ne permettront pas d’annuler l’effet des chaleurs en extérieur. Il pourrait donc rester déconseillé de pratiquer du sport en extérieur, même en fin de journée. De la même manière il faudra éviter de passer trop de temps en extérieur. Tous les déplacements devront être minimisés, ce qui pourrait conduire à une sorte de confinement systématique pendant les après-midi.

En outre, de nombreuses activités et événements ne pourront plus être réalisés en extérieur. Cela pourra conduire à renoncer à certains grands événements comme des festivals de musique ou même les compétitions sportives se déroulant en extérieur. En effet l’adaptation aux fortes chaleur de ces événements paraît impossibles dans de nombreuses configurations, et déplacer les événements en début de soirée ne sera pas toujours suffisant.

Dans le cas où l’on maintiendrait ces événements en été, il faudra s’attendre à une plus grande conditionnalité de leur tenue effective en fonction des conditions météorologiques. C’est-à-dire que les annulations pourraient devenir plus fréquentes et moins « anormales ». Les organisateurs et participants pourraient ainsi prendre l’habitude de s’équiper d’une assurance permettant des remboursements dans le cas d’une annulation due aux conditions météorologiques.

La fin de journée comme nouvel espace social

De la même manière que dans de nombreux pays chauds, la fin de journée pourrait devenir un moment d’activité venant clore le confinement de l’après-midi. Qu’il s’agisse d’une balade en famille ou de retrouver ses amis dans un espace rafraîchi, les soirées pourraient devenir des moments vécus plus intensément. On pourrait également généraliser la pratique des repas en plein air, mais également celle de leur préparation en plein air qui permettrait la réduction des sources de chaleur au sein des habitations.

Le contact social de la fin de journée sera d’autant plus important que la généralisation des chaleurs pourraient générer de manière croissante un « effet confinement » pendant les longues périodes de chaleur. Cela pourrait aggraver certains phénomènes comme par exemple les violences conjugales dont on sait qu’elles s’accroissent pendant ces périodes. De la même manière des personnes isolées pourraient l’être davantage encore.

Institutionnaliser la pratique des sorties collectives en fin de journée serait un moyen de lutter contre ces souffrances et de rompre l’isolement face aux souffrances individuelles. Pour éviter une aggravation des violences conjugales et des troubles mentaux, il faudra avant tout renforcer les politiques de prévention et de protection des victimes.

Conclusion : ce à quoi ressembleront nos après-midi

Face à la généralisation des fortes chaleurs, nos après-midi d’été pourraient progressivement devenir des temps de ralentissement, de repos et de mise à l’abri. Malgré les investissements nécessaires pour rafraîchir les bâtiments, végétaliser les villes, créer des espaces ombragés et protéger les lieux de travail et d’étude, il ne sera pas possible de supprimer complètement les effets de la chaleur. Certaines activités extérieures devront être limitées, adaptées ou, dans certains cas, abandonnées pendant les périodes les plus chaudes.

Le cœur de l’après-midi pourrait devenir un temps consacré au repos et aux activités dans des espaces intérieurs rafraîchis, tandis que les matinées et surtout les fins de journée pourraient prendre une importance nouvelle. Les soirées pourraient ainsi devenir des moments où retrouver une vie collective après une mise entre parenthèses pendant les heures les plus chaudes. Globalement, il paraît peu probable que l’on parvienne à travailler autant pendant les fortes chaleurs que le reste de l’année, sauf à rogner totalement sur la vie personnelle en travaillant en fin de journée.

Cette adaptation devra être pensée comme une question collective. L’accès à la fraîcheur, au repos et à des espaces adaptés ne devra pas dépendre uniquement des ressources individuelles. Employeurs, collectivités et pouvoirs publics auront un rôle essentiel à jouer pour garantir la sécurité, maintenir l’accès à l’éducation et proposer à chaque citoyen des lieux permettant de vivre dignement pendant les épisodes de chaleur.

Illustration de l’article : pexels-sami-aksu-48867324-17872501

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